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Publié le 10/06/2007
Par liresaintcricq
Humeur : Souriante

Il s’était rapproché d’elle sur le bord du lit. L’ambigu de son physique de gamine pubère enthousiasmait le prêtre. Il caressait des yeux ses appas menus si harmonieux dans leur minceur. Une sorte de hâte l’avait pris de savoir qu’elle taille il allait tenir dans ses mains. Elle aurait dû s’écarter pour casser l’intimité née de leur proximité. Elle avait bien balbutié un timide, «  mais père, lâchez-moi » !  À quoi bon ? Ses petits seins pointaient inassouvis, comme son ventre à la courbe lisse. Tout indiquait chez elle un instinct émoustillé qu’elle n’avait pu réprimer : déjà elle s’était un peu livrée comme le réclamait ce prédateur sans pitié. Il l’avait alors enlacée comme une liane. Elle avait dès lors senti son haleine lui brûler la nuque. Elle s’était laissée caresser, avec un rire nerveux – une première approche. Elle aurait dû avoir le réflexe de résister. « Mais mon père, je vous connais que depuis… Aïe ! vous allez déchirer ma nuisette… »

  Il connaissait ses frayeurs et ses  angoisses. Très vite il lui avait appris à se pelotonner contre lui. La nuisette, il la lui avait arrachée plutôt : mi-nue et si près de lui, Olinda gardait sur elle rien qu’une petite culotte impalpable, frêle obstacle qui n’avait pas empêché le prêtre de s’ouvrir au désir et il l’avait fait avec une telle puissance qu’elle n’avait plus très longtemps résisté à l’appel de ses sens. Sans trop tarder, les réflexions échevelées de dom Luíz avaient pris place. Voix poignante, presque impressionnante, il lui avait raconté des histoires baroques. Il s’était jeté dans des affirmations et avait prophétisé ; ce sont là manies de solitaire. Puis il avait pris un ton oscillant entre la gravité et l’intimité et avait fini par lui parler du véritable chemin à suivre. De cet Être suprême trop miséricordieux, insouciant, par-dessus tout sourd-muet dont il faut se débarrasser. Il lui avait fait comprendre que le mal se trouve au cœur de la création et que tout compte fait le bien n’est là que pour rattraper les dérèglements engendrés par le mal. La phrase sonnait bien, suffisamment pour qu’elle pût être persuasive. Dom Luíz est un manipulateur, et sait sur quel point sensible appuyer.  Il y avait eu là, dans cette ultime allusion, un signe sibyllin, sûrement un encouragement à admettre le mal. Il lui avait même rappelé  qu’elle était le jouet dérisoire de ce mal, elle, dont la vie n’avait été qu’une suite de tragédies, sans famille désormais, sans identité, sans même son propre nom à pouvoir porter, aussi incongru que son pseudo auquel elle s’était habituée.

  Ainsi, il y eut cette nuit dont elle n’avait prévu ni les gestes ni le sens ni l’issue et qui s’était terminée par ce à quoi elle s’attendait le moins, lorsque dom Luíz, avait épilogué sur le prince des ténèbres.

  Cet homme pieux en apparence, un peu triste,  de trente-deux ou trente-trois ans qui, chaque matin adresse ses oraisons au Très-Haut, est un être cynique, intelligent, cultivé, et pourrait bien incarner avec une secrète perversion l’esprit du mal.

  Avec lui, elle n’a pas prévu tout ça, et peut-être court-elle comme une cavale folle vers l’abîme, elle, qui ne sait pas encore qu’elle irait vers quelque chose de noir, très noir, plus déviant, plus redoutable, plus destructeur.

 

 

 

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