[...] Julien vient de quitter le square Léon Blum et s’apprête à passer de l’autre côté de la chaussée, pour s’engager sur le cours Franklin Roosevelt.
Julie se trouve en haut de la Canebière sur la rive commerçante, et a l’impression de franchir une ligne invisible, un pied ici et l’autre là.
De l’autre côté ; il y a Julien, meurtrier, soucieux, traqué, les rangées de magasins aux devantures en partie closes, la montée du cours F. Roosevelt qui ramène au Camas et le sombre et secret scintillement de sa démence. La nuit immense pour exil. Solitude glacée.
De l’autre côté ; il y a tout ce que la cité phocéenne apporte de liberté, d’infinies possibilités de planques, tout ce qu’elle offre d’opportunités dans l’opacité urbaine, que Julien chérit et redoute ; il y a tout cet aspect violent et indestructible de la ville où il semble possible de rencontrer quelque chose de plus pervers et transformateur, le triomphe et le drôle de bourdonnement de sa rue cosmopolite, ce monde devenu pour lui hostile et étriqué, c’est là le monde ordinaire dans lequel il désire, envers et malgré tout, s’enfoncer si profondément pour s’y perdre. C’est probablement pour cela qu’il n’a pas quitté Marseille. [...]
