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Publié le 10/06/2007
Par liresaintcricq
Humeur : Souriante

 [...] Après la série de tango candombe et cadencé vient la tenda de milonga.

  Sur la piste, un couple maîtrise le tempo et les silences avec une grande habileté ! Ils n’ont pas quitté la piste pendant les coupures. On pourrait croire que leurs pieds perçoivent le parquet à travers leurs semelles. Là-dessus, Julien note que le maestro porte les mêmes chaussures negro bordo qu’Osvaldo, des Raquel importées de Buenos Aires. Enlacement fermé. Langage des yeux. Ils tracent de petites arabesques, elle et lui, sur le bord de la piste, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre ; arrachent des zestes de fumée en suspension.  C’est bien Osvaldo et Julie, il les reconnaît, enlacés comme deux amants viciés.

  Toute  l’impatience que Julien a accumulée  ces derniers jours bouillonne en lui et se traduit en violence étouffée et contenue.

  Étreinte du genou très haut. Lui, ralentit le rythme de ses cercles, fige sa danse ; elle ramène une mèche frivole sur son front. Pureté dans le mouvement. Ils se concentrent dans sentimental milonga comme s’ils étaient en train de penser à ces journées grises et mélancoliques que vient de vivre Julien.

  Lui, éprouve la sensation bien plus forte d’appartenir à cet endroit bien particulier, à cette milonga comme ils disent. Il en fait partie, de même que la salle fait partie de lui, comme si lui et le lieu partageaient le même écho des sonorités tragiques et mélodramatiques que clame le bandonéon. Cela ne durerait qu’un temps, une heure tout au plus avant qu’il puisse mettre son plan à exécution. L’arène est ouverte, étouffante et enfumée, et après  le paseo et les tercios, viendra la faena et ce sera la mise à mort.

  Mais pour l’instant, il est au bon endroit, au bon moment. Les lieux lui appartiennent, à lui, Julien Maubert.

  Ses perceptions s’aiguisent, lisent aux contours de la pénombre. L’acuité des sens dont il use de façon instinctive confère à la salle de bal une coloration irréelle.

  Tout en étant tapis dans le débarras, Julien a une fraction intime de son être au cœur de chaque son, de chaque vision, de chaque fragrance, de la texture de l’air ambiant et du goût particulier de ce nocturne tango. [...]

 

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